12 figures à l’encre et le dessin automatique
Dessin, dessin, comme tu m’avais manqué…
En décembre dernier, je terminais une résidence d’artiste à GlogauAIR que j’avais principalement consacrée à la peinture et à la réinterprétation du célèbre boxeur incarné par Buster Keaton dans Battling Butler (1926). Mais à la fin de cette expérience, un léger blocage s'était installé. J’avais l’impression que pour continuer à créer, il me fallait absolument trouver un autre sujet à illustrer. Ce n’est pas la première fois que je me heurte à cette frontière. Moi qui suis issu du monde de l’écrit, et qui vénère le cinéma, j’ai souvent tendance à penser que l’image a toujours besoin d’un support narratif pour exister.
L’idée que l’un pouvait vivre sans l'autre ne m’avait toujours pas effleuré, du moins je ne m’étais toujours pas permis de l'envisager. Aussi, je m’étais mis en quête d’un sacro-saint sujet, mais rien ne semblait naturel. Ma production s’était considérablement amoindrie, et mon enthousiasme aussi. Alors, en dépit du bon sens, je me suis tout simplement remis à dessiner. Pour m’accompagner : un pot d’encre de Chine ou de la gouache, un pinceau rêche, et beaucoup de papier (Lana Dessin 220). Et la sève créatrice est revenue.
12 FIGURES - Vue du studio - Février 2026
Depuis je m’organise des sessions dont l’objectif n’est autre que de laisser surgir, sans but précis et de manière automatique. Accepter le dessin automatique, c’est accepter une démarche primitive. D’ailleurs, chaque fois que le dessin devient trop intentionnel, je ressens comme une dissonance. Bien qu’il reste des traces de figuration, je préfère m’arrêter aux portes de l’abstraction et je ne suis satisfait d’un dessin que lorsqu’il réussit à me faire rire. Je n’ai aucun autre critère.
Chaque dessin devient alors une petite rébellion contre ma propre histoire. Il faut être déloyal, apprendre à désobéir à soi-même et accepter de désapprendre. Le dessin automatique, c’est, je crois, essayer de dessiner comme si on ne savait rien. Ainsi, j’ai complètement réduit mon arsenal et mes ambitions narratives qui, par le passé, ont pu servir d’écran de fumée. Et une fois passés les premiers dessins titubants (car il n’est pas si simple de lâcher prise), bientôt des mécanismes s’enclenchent, la ligne trouve enfin sa voie et une énergie plus innocente se libère.
Dessin libre - Vue du studio - Février 2026
Pour reprendre la formule de Philip Guston, peut-être que le travail du peintre ne consiste finalement qu’à « donner vie au support ». Pour lui faire écho, une formule du peintre Asger Jorn dans What is an ornament? (1948), « In every line drawn freely there is a protest against control, against all the forms of authority that confine life ». Dès lors, une couleur et quelques lignes suffisent et chaque fois que les trouvailles émergent d’elles-mêmes, et non par intention, alors je m’y plonge allègrement.